LA SOLITUDE

La solitude est une réalité contemporaine et majoritairement occidentale, on parle même de "maladie du lien". 

Notre système capitaliste et notre mode de vie en sont, selon moi, responsables. En cultivant l'individualisme, on accroit la consommation : un couple qui se sépare c'est 2 canapés au lieu d'un, 2 écrans-plats, 2 appartements : deux au lieu d'un. 

Une famille qui ne souhaite pas s'occuper de ses anciens, c'est du profit pour des groupes comme Korian ou Orpea, des dividendes pour leurs actionnaires...

La solitude touche toutes les tranches d'âge, toutes les classes sociales, habitants de petites villes comme de grandes agglomérations.

Les personnes âgées souffrent évidemment de solitude, particulièrement en maison de retraite ; mais les moins de 35 ans ne sont pas épargnés puisque 38% d'entre-eux déclarent souffrir de solitude.

La précarité est un facteur aggravant d'isolement : 28% des personnes souffrant de solitude sont dans une situation précaire.

La proportion de personnes seules selon le sexe est à peu près égale entre hommes et femmes, mais les femmes sont beaucoup plus nombreuses à considérer la solitude comme une véritable souffrance.

La solitude est due à trois principales causes :
  • Un événement de rupture : séparation, divorce, perte d'un conjoint ou d'un proche
  • Les contraintes de la vie telles que le célibat, l'absence de relations sociales, de faibles revenus ou encore le fait de ne pas travailler (chômage, retraite, handicap ...)
  • Un état psychologique : manque de confiance en soi, sentiment d'être incompris ou inutile.

La solitude sera passagère si l'on apprend à la gérer.
Dans le cas contraire, elle peut conduire au repli sur soi, à la négativité, à la dépression, à des problèmes de santé mentale et physique. C'est pourquoi il est important, lorsque l'on souffre de solitude, de prendre les rênes de sa vie en mains et d'agir.

Oui, mais comment ?

En apprenant à répondre de façon autonome à ses propres besoins (sans dépendre d'un "autre" ou du regard des autres), cela permet de nourrir son estime de soi.

Le saviez-vous ? Nous avons besoin de satisfaire 4 types de plaisirs pour répondre à nos besoins fondamentaux :

- les plaisirs du corps (physio-plaisirs)
- les plaisirs des interactions humaines (socio-plaisirs)
- les plaisirs de l'intellect (psycho-plaisirs)
- les plaisirs spirituels (idéo-plaisirs)

S'accorder un ou plusieurs plaisirs chaque jour est une des voies pour parvenir à l'autonomie dans la satisfaction de nos besoins, sans dépendre d'un autre, et ainsi écourter le temps de solitude subie (car ce n'est que lorsque l'on possèdera cette autonomie que l'on pourra apaiser durablement la souffrance de cette solitude).

Comment faire ?

On peut, par exemple, s'offrir un massage, un bon repas, un hammam... (plaisir du corps/physio-plaisir). Personnellement, je suis parvenue à me faire plaisir dans ce domaine avec un simple paquet de gâteaux au chocolat ou un cornet glacé.

Se nourrir intellectuellement (psycho-plaisir) peut se faire en lisant, en allant voir un film, une expo...

Pour l’idéo-plaisir, on pourra s’engager pour une cause, faire du bénévolat, pratiquer la méditation...

Pour recréer des relations (socio-plaisir), on peut commencer par initier des interactions avec des personnes du quotidien (la boulangère, un voisin...)
Il ne s'agit pas ici de nouer un lien profond, mais de nourrir notre besoin de
communication directe par des échanges, même superficiels.

L’idée est d’avoir pleinement conscience du besoin que l’on satisfait à chaque fois que l’on se fait plaisir. Cela permet de développer une nouvelle habitude, celle de prendre en compte ses propres besoins, de s’accorder du temps et de la valeur.

Pour que cela puisse se faire de plus en plus spontanément, on peut lister par exemple tous les plaisirs que l’on s'est accordés sur une semaine, un mois ...bref! le temps qu'il faudra pour que la satisfaction de ces besoins fondamentaux fasse intégralement partie de notre comportement.

A ce stade, nous savons gérer notre solitude et nous savons que nous n'avons plus besoin d'un autre pour combler nos besoins "plaisirs".
A ce stade nous sommes prêts à connaître des interactions satisfaisantes, car n'étant plus "en demande", nous pouvons offrir une relation équilibrée et enrichissante.
Avez-vous envie d'entrer en relation avec quelqu'un qui attend de vous que vous combliez ses manques ? que vous répondiez à ses besoins ? Je ne crois pas.

Maintenant, il faut aller vers l'épanouissement !
Dans l'absolu, pour un épanouissement relationnel idéal, il faudrait avoir des interactions régulières avec 4 réseaux de sociabilité : les collègues, la famille, les amis et le milieu associatif.

Où en êtes-vous ?

Inviter un collègue à boire un verre après le travail ou à aller voir une expo, renouer avec un membre de la famille même lointaine, recontacter un ami perdu de vue, s'inscrire à un club ... il y a certainement des actes à poser, des initiatives à prendre.
Peu importe que vos relations ne soient pas nombreuses, l'essentiel est la qualité des liens qui relient les personnes, pas la quantité.

Ne subissons pas la solitude, apprenons à la maitriser et à en sortir grandi.
Considérons-la comme une étape pour aller à la découverte de nous-mêmes, en prenant soin de nous, en savourant chaque petit bonheur de la Vie.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, on peut souffrir de solitude ... en couple.
La séparation et le célibat deviennent alors synonymes de liberté, celle de retrouver le pouvoir sur sa vie : une solitude choisie en quelque-sorte. 

Une citation pour conclure :

 "J'aime les gens qui ont appris à vivre seuls, car ils te fréquentent par envie et non par besoin." (Joseph Conrad)